Comment définir le véhicule autonome ?

La Society of Automotive Engineers, une organisation internationale d’échanges d’idées dans le domaine de l’ingénierie des véhicules, a défini 5 niveaux pour les véhicules autonomes :

  • Niveau 0 : conduite manuelle
  • Niveau 1 : conduite assistée, régulateur de vitesse, aide pour le changement de voie
  • Niveau 2 : conduite partiellement automatisée, niveau 1 plus assistance au stationnement
  • Niveau 3 : conduite automatisée dans des conditions pré-définies, le niveau 2 plus fonctions embouteillages, conduite sur autoroute,
  • Niveau 4 : conduite hautement automatisée, voiture autonome uniquement dans un environnement limité,
  • Niveau 5 : conduite totalement automatisée, l’ordinateur gère toutes les fonctionnalités

Actuellement, les véhicules autonomes commercialisés sont de niveau 3.

Pour être de niveau 5, le véhicule autonome doit disposer des équipements suivants :

  • un ordinateur puissant traitant jusqu’à 750Mo par seconde,
  • un lidar, équipement permettant de calculer la distance en fonction d’un faisceau de lumière, lui permettant d’identifier l’environnement dans un rayon de 60m,
  • ou, des caméras stéréoscopiques, capables de reproduire la vision en 3 dimensions, moins coûteuses que des lidars,
  • deux radars, pour déterminer la position et la vitesse d’un objet, placés à l’avant et à l’arrière,
  • un codeur rotatif et un odomètre pour calculer la distance parcourue par le véhicule
  • une centrale à inertie, constituée de plusieurs gyroscopes, d’un accéléromètre et d’un calculateur, lui permettant de calculer les variations d’altitude, l’accélération et les données,
  • une caméra qui reconnait les délimitations de la chaussée,
  • un télémètre à ultrasons, qui calcule la distance entre le véhicule et un objet en mouvement,
  • un GPS,
  • un système de cartographie en 3D.

Les véhicules autonomes sont-ils l’avenir des voitures ?

Evidemment mais à condition de franchir certains obstacles. Les industriels du secteur automobile seront aptes à réaliser prochainement, un véhicule de niveau 5, grâce à l’intelligence artificielle et au deep learning. Cependant, pour l’instant, un véhicule équipé de tous ces dispositifs, et ce afin de le rendre 100% autonome, coûte extrêmement cher limitant drastiquement la demande. Aussi, à cause de prix élevés, les avantages intrinsèques du véhicule autonome sont perdus. En effet, selon une étude d’Exton Consulting, publiée début 2018, près de 90% des accidents actuels causés par une erreur humaine auraient pu être évités par un véhicule autonome de niveau 5. Cette baisse du nombre de sinistres devrait engendrer une diminution de la mortalité routière et une économie de près de 4 milliards d’euros pour l’Etat. Cependant, les accidents graves coûteraient plus cher et les technologies utilisées pour les véhicules autonomes augmenteraient le prix des réparations des véhicules.

Il ne faut pas oublier également l’impact social, plus précisément, le plaisir de conduire qui est souvent perçu comme un moment de détente et peut être un frein psychologique à l’achat d’un véhicule autonome.

Plus fondamentalement, même si la technique s’améliore et les comportements des conducteurs évoluent en faveur des technologies assistées à 100%, il faut radicalement changer la règlementation pour développer ce marché.

En quoi la règlementation actuelle est un frein au développement des véhicules autonomes

L’article R412-6 du code de la route est très clair :

« Tout véhicule en mouvement ou tout ensemble de véhicules en mouvement doit avoir un conducteur ».

De même l’article 8, partie 1, de la Convention de Vienne sur la Circulation Routière du 11 septembre 1949, ratifiée par 67 pays, mais non signée par les USA, précise que « tout véhicule ou ensemble de véhicules couplés marchant isolément doit avoir un conducteur ».

Sans modification de ces articles, il est impossible de circuler avec un véhicule autonome de niveau 5. Aussi, il faudrait revoir en profondeur l’ensemble du code de la route puisque l’essentiel des articles du code fait référence à « tout conducteur ».

Le cadre réglementaire régissant la responsabilité civile devra également être revu. La réglementation des assurances indique que le seul responsable, en cas d’accident, est le conducteur, rejoignant le code de la route. En d’autres termes, il faudrait que l’assurance devienne un produit rattaché au véhicule, pas forcément à son propriétaire ou son conducteur, en individualisant ses garanties. On rejoint la problématique de l’assurance dans l’auto-partage.

Pensez-vous que la réglementation peut évoluer vers la prise en compte des véhicules autonomes

Le gouvernement Macron est en train de faire un grand pas sur le sujet. L’ex ministre Anne-Marie Idrac a remis, en mai 2018, sa feuille de route sur la voiture autonome au ministère des Transports. Celle-ci propose de faire évoluer progressivement le cadre législatif, le code de la route, le code des assurances, en fonction de la maturité des technologies.

La réglementation permettant l’expérimentation des véhicules autonomes a été publiée :

  • le décret du 28 mars 2018 « relatif à l’expérimentation de véhicules à délégation de conduite sur les voies publiques »,
  • la modification de l’article R322-3 du code de la route qui autorise « la circulation à titre expérimental d’un véhicule à délégation partielle ou totale de conduite, dit certificat WW DPTC, ou d’un certificat de transit ou d’un document équivalent délivré par les autorités compétentes d’un Etat membre de l’Union européenne»,
  • l’arrêté du 5 juin 2018 relatif à l’approbation du cahier des charges de l’appel à projets « Expérimentation du véhicule routier autonome » ayant été publiés.

Ces avancées laissent espérer que les véhicules autonomes, c’est maintenant.

 

 

Par Laurent Darquin    Expert sectoriel – Juin 2018