Un secteur dynamique en termes d’emploi

L’ESS a dépassé, en 2015, le cap des 2 millions de salariés. Représentant 10,5% de l’emploi français  – et 13,9% de l’emploi privé – l’Economie Sociale et Solidaire connaît une croissance d’emploi plus forte que le reste de l’économie. Ainsi, entre 2000 et 2010, les emplois du secteur ont connu une croissance de 23%  – contre 7% pour l’emploi dans son ensemble.

Comptabilisant plus de 220 000 structures, présentes sur près de 140 secteurs d’activités, elle contribuerait, selon des chiffres 2013 de l’INSEE, à 6% du PIB, avec une valeur ajoutée créée de 100 milliards d’euros. Elle s’élèverait aujourd’hui à 10% du PIB. En outre, le secteur devrait embaucher 600 000 personnes d’ici à 2020. Les associations sont les premiers employeurs (78% des emplois), suivies des coopératives (13% des emplois) et les établissements de plus de 10 salariés concentrent près de 85% des emplois. Pourtant, les trois quarts des établissements de l’ESS comptent moins de 10 salariés.

Des secteurs d’activité très divers

L’ESS regroupe tout un ensemble de secteurs d’activité. L’action sociale concentre 39,4% des effectifs de l’ESS, suivie par l’enseignement avec 14,7% et les activités financières et d’assurance avec 11%. Les secteurs de la santé, du soutien aux entreprises, des sports et loisirs et du commerce regroupent respectivement 7,4%, 5,5%, 3,3% et 2,5% des effectifs de l’ESS. En outre, les emplois de l’ESS comptent pour plus de la moitié de l’ensemble des emplois de l’action sociale (60,9%) et des sports et loisirs (53,6%). Ce sont essentiellement des associations qui oeuvrent dans ces secteurs, ce qui explique le fait qu’il y ait globalement moins de CDI et de temps complet dans l’ESS.

Les rémunérations dans l’ESS sont inférieures de 10% en moyenne par rapport au reste du privé et de 5% par rapport au public.

Un secteur fortement dépendant des subventions publiques

Tout type de structures opère dans le secteur de l’ESS : associations, coopératives et entreprises privées. Pour 38% des associations, les subventions publiques représentent 75% de leurs financements. En revanche, pour les coopératives ou les entreprises privées, le financement est plus diversifié. 36% des Sociétés coopératives et participatives (SCOP) et des Sociétés coopératives d’intérêt collectif (SCIC) ont ouvert leur capital à un nouvel actionnaire. En moyenne, 21% des structures de l’ESS ont recours à d’autres sources de financement.

Les financements publics étant en baisse depuis plusieurs années, les structures de l’ESS doivent recourir à d’autres formes de financement comme le crowdfunding. Cet outil de la finance solidaire avait en 2013 fédéré plus de 600 000 internautes et permis le financement de plus de 40 millions d’euros de projets, dont près de 8 millions d’euros octroyés grâce à des outils solidaires comme Babyloan ou Spear. Bien que le cadre réglementaire actuel ne favorise pas leur développement, les sites de financement affichaient en 2013 un taux de croissance annuel compris entre 50% et 100%. Le potentiel de financement du crowdfunding dans le monde est estimé par Forbes à 1000 milliards de dollars en 2020.

La mutualisation des ressources et des emplois avec d’autres entreprises est également un enjeu important pour faire face aux réductions des subventions publiques.

Un fonds d’investissement en soutien

Juin 2016, le Caisse des Dépôts lance, avec 6 partenaires privés tels que le CNP Assurances, BNP Paribas ou encore le Crédit Coopératif, un fonds d’investissement de 50 millions d’euros  dédié aux entreprises de l’ESS. Ce fonds, baptisé Novess, est orienté vers les start-up et les structures souhaitant changer d’échelle.

L’objectif affiché est de montrer que le secteur peut offrir des rendements intéressants.

Le défi de l’économie collaborative

Si les sites comme Uber, AirBnB ou Blablacar se sont finalement révélés loin d’être des modèles d’économie sociale, l’ESS doit, elle, s’intéresser au modèle de l’économie collaborative et s’approprier cette tendance des plateformes numériques. Tout en restant attaché à ses valeurs sociales, éducatives ou environnementales, le secteur doit s’emparer de l’outil numérique pour établir de nouvelles pratiques et atteindre des publics différents. Or, l’ESS voit dans l’économie collaborative, qui attire davantage de nouveaux talents par son inspiration lucrative, un concurrent direct. Si l’ESS ne parvient pas à se montrer plus persuasive face au développement fulgurant des structures de l’économie collaborative, son avenir pourrait bien être compromis.

 

Nathan JUILLERAT