La FoodTech est un secteur en ébullition. Du succès de l’application Yuka avec 10 millions de téléchargements aux spectaculaires levées de fonds des livreurs à domicile comme Deliveroo, l’appétit des entrepreneurs pour le secteur de l’alimentation grandit chaque jour.

Une startup dédiée à la FoodTech serait créée chaque jour. Avec plus de 600 startups en France et plus de 2000 en Europe, le secteur connaît une expansion à la hauteur des enjeux et surtout des besoins. Nous l’avons écrit dans l’article consacré aux industries agroalimentaires, la filière de l’alimentation est soumise à de nombreux enjeux : un consommateur connecté aux nouvelles exigences et comportements, un besoin accru en traçabilité, une agriculture sous le feu des projecteurs, et la nécessité de nourrir une population toujours plus nombreuse.

À cette diversité de défis la FoodTech tente d’apporter des réponses, ou, à minima à apporter des solutions nouvelles en mariant le secteur de l’alimentation et de la restauration avec de nouvelles technologies et en apportant des innovations sur le marché de l’alimentation, de la vente et de la distribution. Des innovations, parfois de rupture, qui portent sur les six domaines recensés de la FoodTech par le Digital FoodLab, à savoir :

  • AgTech : l’agriculture du futur
  • Coaching : accompagner dans la décision d’achat
  • FoodScience : inventer de nouveaux produits alimentaires
  • FoodService : identifier et créer de nouveaux modèles de restauration
  • Applis et Médias : informer et accompagner les consommateurs
  • Retail et livraison : étendre le e-commerce alimentaire

La livraison : cœur des investissements FoodTech

À ce jour, sur les six secteurs recensés, deux captent la plus grande partie de la valeur en termes d’investissements. Avatar de l’économie des plateformes, ou « gig economy », le compartiment retail et delivery représente ainsi 32 % des investissements et 23 % pour la FoodService (source Foodlab/Sopexa), au niveau européen, 80 % des investissements européens se concentrent sur la livraison et le retail. Plus finement, 60 % des investissements ont été captés par 3 startups : Delivery Hello, Hello Fresh et Deliveroo. Un volume qui démontre l’anticipation des investisseurs sur l’expansion des nouveaux modes de consommation à domicile ou au bureau, mais aussi de l’expansion de la concentration urbaine. Sans compter également l’apport d’un subventionnement indirect de ce secteur grâce aux titres restaurants.

Cette explosion de la livraison explique aussi partiellement la réinvention de la restauration avec des innovations sur le packaging, mais aussi la typologie d’offres pour des consommateurs aux exigences accrues (portionnalisation, premiumisation, typologie de produits, etc.). Malgré les promesses de la livraison, le secteur est hautement concurrentiel et certain, à l’instar de TakeEatEasy ont été les victimes collatérales de la course au financement et à l’avantage technologique. Comme dans les autres secteurs de l’ubérisation, la performance technologique et les mises de fonds les plus élevées sont gages de réussite et le gagnant rafle la mise.

Le service et l’accompagnement : une réponse aux exigences de bien-être

S’il ne capte pas encore une part significative de l’investissement, l’accompagnement de tout un chacun sur son alimentation est un domaine en pleine expansion. À commencer par les applications d’évaluation de la qualité des produits alimentaires. À ce jour, près de 10 % des consommateurs utiliseraient une application d’évaluation des aliments (additifs, sucre, sel, etc.) ou de gestion de son alimentation.

Bien sûr, l’application Yuka est à ce jour la plus populaire avec ses 10 millions de téléchargements, mais la concurrence s’organise avec Kwalito, ScanEat, IsMy Food Good, FoodVisor, et bien entendu la source de ces applications, la base OpenFood Fact, accessible gratuitement.

À noter d’ailleurs que l’association UFC-Que Choisir prévoit de lancer sa propre application en s’appuyant sur d’autres sources que celles fournies par les IAA et en s’appuyant sur le NutriScore issu de Santé publique France.

IA et Robotique : encore en phase de maturation

Dans le secteur de la restauration et FoodService, l’apport de l’intelligence artificielle et de la robotique commence à peine à prendre son envol. Certains restaurants tentent de se démarquer en utilisant un robot pour réaliser les cocktails ou préparer des plats, mais cela reste encore anecdotique au regard des possibilités offertes par l’apport de ces technologies. Que ce soit pour réaliser des tâches triviales et répétitives, mais surtout pour améliorer la relation client, l’IA et la digitalisation de la restauration est subordonnée à la maturité des technologies et des cultures. Si le client déteste attendre, rares sont les restaurateurs à optimiser les prises de commande, à prédire le nombre de clients ou tout simplement à accélérer le paiement. Autant de tâches sur lesquelles travaillent nombre de startups en s’appuyant sur l’IA. Converser avec un chatbot pour prendre une commande ou faire qu’un robot reconnaisse un steak d’une bavette est encore en chantier. De même, il est possible d’imaginer un assistant qui vous coache en temps réel en fonction de vos choix alimentaires. Dans ce domaine, le champ des possibles est quasiment infini.

 

FoodScience et AgTech : travailler à la source

A contrario, le secteur AgTech est lui en plein essor avec 5 milliards de dollars investis en 2018, mais majoritairement vers des startups américaines et chinoises, l’Europe ne captant que 10 % de ces investissements. Pour l’heure, une majorité des investissements sont fléchés vers des places de marché (47 %) et des logiciels d’aides à l’agriculture (20 %), le reste se ventile entre les biotechs, les drones et les robots et les nouveaux modèles de fermes. On peut s’étonner des faibles investissements en France, une des premières nations agricoles d’Europe. Selon les experts, ce faible investissement est lié à la taille des marchés. Toutefois, comme le recense le DigitalFoodlab, la France compte quelques startups très bien positionnées sur chacun de ces secteurs :

  • Ag-BioTech (Ynsect)
  • Drone & Robots (Precision Hawk)
  • Les marchés agricoles (Agriconomie)
  • Fermes urbaines et nouvelles (Agricool)
  • Logiciel de gestion agricole (Karnott)

Que ce soit les dispositifs pour améliorer l’agriculture (Drone, robots) ou de nouvelles sources d’alimentation à l’instar des insectes, le secteur de production agricole est lui aussi en phase de réinvention.

Des opportunités et des tendances

Après des débuts en fanfare et quelques faillites, le secteur FoodTech arrive à une phase de maturité. S’ils captent la majorité des investissements, les services de livraison marquent le pas et les investisseurs appréhendent plus justement le potentiel du secteur. Une appréhension aussi dictée par les difficultés des grands distributeurs et des exigences croissantes des consommateurs. Le tout couplé à une accélération de certaines technologies à l’instar de la blockchain pour la traçabilité et la logistique ou encore l’essor de l’intelligence artificielle. L’autre combat se situe aussi sur le remplacement de la viande par des artefacts à base de plante propulsée par des entreprises comme Nestlé, Tyson Food, mais aussi BeyondMeat récemment côtée en Bourse ou encore l’insertion de composants à base d’insectes.

Toutefois, cette effervescence profite assez peu à la France, nation pourtant agricole et à la forte culture culinaire. Avec 176 levées de fonds en France en 2018, la valeur de ces levées porte sur de faibles montants, seuls trois ont été au-delà des 20 M€. Une collaboration entre industries IAA et startups pourraient sans doute pallier ce déficit. Les enjeux sociétaux et financiers sont là et la faible part de la FoodTech sur le marché global de l’alimentation ne pourra que croître. À suivre.

Par SVP Intelligence