On dénombre aujourd’hui 14 000 autoconsommateurs d’électricité photovoltaïque, soit seulement 0,04% des 37 millions de clients et 4% des 350 000 installations de production raccordés au réseau de distribution d’électricité. Cette part semble encore très faible mais une dynamique est en train de s’amorcer, puisqu’au mois de juillet 2017, près de la moitié des nouvelles demandes de raccordement de production était en autoconsommation.

Mais c’est quoi, l’autoconsommation ?

L’autoconsommation, c’est le fait de consommer en partie ou en totalité l’électricité que l’on produit notamment grâce aux rayons du soleil, plutôt que de réinjecter celle-ci sur le réseau électrique. Ce mode de consommation constitue une opportunité pour les particuliers comme pour les entreprises d’être davantage acteurs de la transition énergétique. Par une consommation maîtrisée à l’échelle d’un seul consommateur ou d’un groupe de consommateurs, le producteur peut mettre sa production à sa seule disposition ou bien à celle d’un ensemble d’utilisateurs. C’est ce qui distingue l’autoconsommation individuelle de l’autoconsommation collective.

Le développement de l’autoconsommation est un des objectifs de la loi sur la transition énergétique adoptée en août 2015. Depuis, une nouvelle loi votée en 2017 venant ratifier deux ordonnances de 2016 sur l’autoconsommation d’électricité et sur la production d’électricité à partir d’énergies renouvelables a vu le jour et encourage cette nouvelle manière de produire et de consommer sa propre électricité. La loi prévoit, entre autres, des exonérations tarifaires auxquelles ne sont pas sujets les consommateurs soutirant de l’énergie au réseau.

Ajouté à cela, le développement de l’autoconsommation est également tiré, d’une part par les progrès technologiques qui accroissent la rentabilité de l’autoconsommation à travers la baisse des coûts des panneaux photovoltaïques et de leur installation, l’augmentation de leur performance, etc. et d’autre part, par une volonté croissante des utilisateurs de favoriser la production locale et les circuits courts. Selon un sondage d’Enerplan de 2016, 47% des personnes interrogées se déclaraient prêtes à investir dans une installation d’électricité solaire en autoconsommation en France.

 Quels enjeux pour la filière photovoltaïque ?

Les deux principaux fournisseurs d’électricité français, EDF et Engie, ont d’ores et déjà développé des offres d’autoconsommation destinées aux particuliers, proposant l’installation de panneaux solaires avec des dispositifs de stockage ainsi que des services de maintenance. D’autres fournisseurs alternatifs tels que Comwatt ou Ekwateur sont arrivés sur le marché et misent sur la volonté grandissante des utilisateurs de consommer de l’électricité produite localement. Ce ne sont pas les seuls acteurs émergeant sur ce marché. D’autres sociétés sont aussi créées dans le but d’assister les particuliers dans leurs projets d’autoconsommation et travaillent en étroite collaboration avec les installateurs artisans locaux.

Ainsi, le développement progressif de l’autoconsommation donne naissance à une nouvelle typologie d’acteurs disruptifs qui viendront potentiellement révolutionner le marché électrique tel que nous le connaissons, reposant quasi exclusivement sur de puissantes centrales nucléaires produisant de grandes quantités d’électricité acheminées par un réseau interconnecté. Toutefois, un certain nombre de changements doivent encore s’opérer pour que ce marché de niche connaisse un déploiement massif.

Perspectives : des limites à surmonter, mais un avenir encourageant

Compte tenu de la productivité faible du photovoltaïque durant les mois d’hiver en France, l’autonomie énergétique complète est impossible. Il est donc impératif de stocker l’énergie produite par les panneaux si un autoconsommateur veut utiliser l’énergie qu’il produit pendant les mois les moins ensoleillés de l’année. En effet, selon le Forum du Photovoltaïque, sans système de stockage, pour une installation résidentielle, on peut espérer arriver à consommer au mieux 40% de sa propre production d’électricité. Or, les dispositifs de stockage restent très onéreux et à l’heure actuelle, injecter la totalité ou le surplus de son électricité produite sur le réseau reste encore la solution la moins coûteuse pour les producteurs. Reste la possibilité de mutualiser un dispositif de stockage à l’échelle d’un bâtiment, d’un quartier ou d’un système électrique.

Par ailleurs, les dispositifs tarifaires et fiscaux relatifs au réseau électrique doivent encore être adaptés à cette pratique pour lui permettre de se démocratiser davantage. A ce sujet, la Commission de Régulation de l’Energie a lancé à l’été 2017 une concertation pour reconsidérer la tarification de l’acheminement de l’électricité, dont les autoconsommateurs profitent encore.

Pour information, l’autoconsommation en Allemagne est à un stade bien plus avancé puisque le pays compte près de 1,5 million de foyers équipés pour un taux d’autoconsommation moyen de 20% chez les particuliers.