Delphine Guidat intègre l’entreprise SVP en 2001 en tant qu’expert. Elle intervient d’une part dans le domaine de la formation initiale avec les établissements scolaires et d’enseignements supérieurs, et d’autre part dans la formation continue (e-learning) avec les entreprises et organismes de formation. Elle est à ce sujet souvent interrogée sur les règles du Compte personnel de Formation (CPF). Ses principaux clients sont des Directeurs des ressources humaines, Directeurs des achats et Directeurs généraux en collectivités. Elle intervient également dans le sourcing et l’analyse marché notamment dans le secteur du recrutement (intérim, site de recrutement, site d’emploi, cabinet de recrutement).

 Quels sont les enjeux pour les prestataires suite à la réforme de la formation professionnelle ?

La formation n’en finit pas de faire sa mue. Alors que la réforme de la formation professionnelle reste encore floue pour une partie des entreprises, les inquiétudes, quant à la mise en place des dispositifs créés, sont nombreuses et notamment pour les prestataires du secteur.

La première difficulté rencontrée par les organismes de formation est l’éligibilité dans le cadre du CPF*, entré en vigueur en janvier 2015, et venu remplacer le DIF **.

Un des exemples les plus parlants est celui des formations en langue. Alors que les stages « classiques » (comme l’anglais des affaires) n’apparaissaient pas dans la liste des formations éligibles au CPF, de nombreux projets de formation ont été stoppés par les entreprises clientes, soucieuses de leur prise en charge. Même si les certifications, telles que le TOEIC ou le BULATS, sont venues petit à petit enrichir les listes des formations éligibles, permettant par la même aux prestataires de faire des offres de parcours amenant à leur passation, les organismes spécialisés ont subi de plein fouet cette chute des demandes. L’année 2015 a même vu nombre d’entre eux déposer leur bilan. Signe de cette baisse, les formations en langue ont quitté la première place des demandes des entreprises, au profit des modules liées à la sécurité et à la qualité.

Néanmoins, des signes de reprise sont perceptibles et cette période délicate pourrait n’avoir été que transitoire.

On parle souvent de la qualité de l’offre. Qu’en est-il ?

La loi du 5 mars 2014 relative à la formation professionnelle, à l’emploi et à la démocratie sociale est venue confier une nouvelle mission aux financeurs de la formation, qu’il s’agisse des OPCA, de l’Agefiph, du Pôle Emploi ou encore des régions. Ces derniers doivent s’assurer de la capacité des prestataires à dispenser des formations de qualité. Le décret du 30 juin 2015 a posé, quant à lui, les critères qualitatifs à prendre en compte, comme par exemple la qualification professionnelle des formateurs ou encore l’adéquation des moyens pédagogiques et d’encadrement à l’offre.

Pour mener à bien cette mission, et évaluer le respect de ces critères par les organismes  – en application depuis le 1er janvier 2017 – les financeurs se sont vus offrir deux possibilités, soit mettre en place une procédure propre d’évaluation interne, soit prendre en compte les démarches qualité mises en place par les prestataires, au travers de labels et certifications existants répondant aux critères de qualité.

Les OPCA ont travaillé ensemble pour mettre en place une grille d’évaluation, traduisant ces critères en 21 indicateurs que doivent renseigner les organismes au travers d’éléments de preuve proposés. Pour ce faire, un DataDock a été créé et est actif depuis janvier, permettant aux prestataires de se faire référencer auprès des financeurs. Ce référencement concerne aussi les entreprises ayant mis en place des démarches de labélisation ou de certification, mais une procédure allégée est prévue.

Cette obligation de qualité, qui pèse sur les financeurs puisque que c’est à eux que revient de vérifier l’offre, impacte donc aussi les organismes de formation. Conscients que cette procédure nécessite du temps, les OPCA ont fait le choix de leur laisser 6 mois pour se faire référencer.

 

Pour terminer, quelles sont, en matière de formation, les nouvelles tendances pour 2017 ?

Avec l’essor du numérique, la question de la digitalisation de la formation se pose de plus en plus.

Même si le présentiel reste une modalité prisée en France, les formations à distance, e-learning, blended-learning …, intéressent de plus en plus les entreprises. Et le phénomène des MOOCs est assez significatif de cet intérêt, notamment du côté des salariés.  Même si un nombre important de participants arrêtent en cours de route le cours auquel ils se sont inscrits, ils semblent y trouver une réponse pertinente à un besoin précis en termes de compétences. Le succès du MOOC  « du leader au manager » en est un exemple flagrant. Du côté des prestataires, et notamment des plateformes privées, reste à trouver un modèle économique viable, ce que certains ont commencé à faire en travaillant sur une stratégie d’offres en freemium et en faisant payer accompagnement ou certification. Cette dernière question est elle aussi cruciale, une des évolutions des MOOCs est d’aller dans le sens de la certification et du diplômant.

D’autres formats sont aussi apparus ces dernières années tels que « rapid learning », « mobile learning »  ou encore « nuggets ». Ces modules, très courts et consommables sur les portables ou les tablettes par exemple le temps d’un trajet de métro, répondent à des besoins très ciblés et très pointus. Au-delà, tous posent néanmoins la question de l’intégration du savoir, et de sa mise en application sur le lieu de travail.

Autre évolution amenée par le numérique et l’utilisation du Big Data : l’ « adaptive learning ». Des outils arrivent sur le marché, qui devraient permettre de modéliser des parcours de formation. Cette modélisation se fera en analysant, par exemple, des données issues des journaux de logs de connexion à un MOOC. En utilisant ces informations, les éditeurs de ces solutions pourront concevoir des parcours personnalisés – « adaptés » –  selon différentes typologies d’apprenants.

Toutes ces évolutions vont dans le sens de l’histoire du marketing, vers une personnalisation, une individualisation plus forte de la formation et où la question de l’auto-formation vient interroger les responsables des ressources humaines.

Delphine Guidat

 

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* compte personnel de formation

** droit individuel à la formation