Les applications nutritionnelles proposent un nombre toujours plus élevé de critères pour choisir ses produits alimentaires.

Au mois de septembre, Intermarché a modifié la recette de 900 produits mal notés par l’application Yuka. Preuve s’il en fallait de l’impact de l’application sur le consommateur et par extension sur le marché. Avec 12 millions de téléchargements, cette application « nutritionnelle » est à ce jour la plus téléchargée dans la catégorie alimentation. Surfant sur le succès de ce type d’applications, de nombreux acteurs tentent de proposer leur propre application. À commencer par les distributeurs, à l’instar de Système U. Las, difficile d’être juge et partie, le succès de l’application est faible. Mais, d’autres s’engouffrent dans la brèche en verticalisant la proposition à l’instar de Vegg-UP, une application dédiée aux végétariens ou encore Fitness Healthy pour recenser les calories ingérées que l’on peut accompagner par Foodvisor qui vous informe des qualités nutritionnelles des plats dans votre assiette ou encore Kwalito pour savoir si un produit est adapté à votre régime ou non. La liste pourrait continuer durant encore de longues pages, mais la concurrence contre Yuka est encore loin derrière l’application star des consommateurs.

Pourtant la contre-offensive s’organise et deux concurrents de poids entrent dans l’arène. À commencer par UFC Que Choisir qui dévoilera à la fin de l’année une application elle aussi consacrée à la composition des produits. Contrairement à Yuka, l’application d’UFC Que choisir ne s’appuie pas sur la base de données collaborative d’Open Food Facts, recensant 300 000 produits, mais sur les données d’une plateforme collaborative entre marques et distributeurs. En jeu, pour UFC des données plus fiables que celles entrées par le consommateur et révisées par les développeurs d’applications. À ces informations s’ajoutera le Nutri-Score, un classement de A à E avec un code couleur de vert à rouge, selon le taux de sucre, de gras et de sel que contient le produit.

L’UFC et Yuka devront faire de la place pour une nouvelle application, « C’est quoi ce produit ? » qui sera lancée fin octobre par les fondateurs de la marque « C’est qui le patron » comme une déclinaison du moteur de recherche « mesgouts.fr » développé par la coopérative. Plus que la composition du produit, l’application évalue les produits sur le prix, l’éthique, la qualité, le respect de l’environnement en plus des qualités de ses composants. L’utilisateur pourra, comme dans de nombreuses autres applications, pondérer chaque critère en fonction de ses convictions. Conséquence : une préconisation personnalisée et singulière.

Pour l’anecdote, l’ANIA a lancé un projet pour numériser les informations présentes sur les étiquettes afin de créer un catalogue virtuel. À date, le projet est en cours dans le cadre du contrat stratégique de la filière alimentaire. Mais, même mené à bien, il est douteux que le consommateur se tourne vers les industriels pour l’évaluation d’un produit.

 

Un impact réel des applications

On le voit la guerre entre applications fait rage. Et pour cause l’impact est réel. Outre les 900 produits modifiés par Intermarché sous la pression indirecte de Yuka, les consommateurs et industriels ont eux aussi modifiés leur comportement d’achat. Ainsi, l’étude menée par Yuka auprès de 230 000 utilisateurs confirme son impact. Retenons :

  • 94 % des utilisateurs ont arrêté d’acheter certains produits
  • 83 % des utilisateurs achètent moins de produits, mais de meilleure qualité
  • 78 % achètent davantage de produits bios
  • 21 industriels ont modifié leurs produits

Et surtout, 92 % des utilisateurs reposent le produit lorsqu’ils sont notés rouges sur l’application. Ce qui peut parfois être contre-productif. Le parmesan, salé et gras sera toujours rouge car évalué sur 100 g. Sauf qu’il est rare que l’on ingère 100g de parmesan d’un coup. Un biais méthodologique comme un autre. Peu importe, le comportement semble entré dans les mœurs et incite nombre d’industriels, Leclerc, Fleury-Michon, Bjorg, Monoprix ou encore Auchan à faire évoluer la composition de leur produit ou formule de cosmétique.

Le Nutri-Score enfonce le clou

Nombre de ces applications comprennent le Nutri-Score dans leur évaluation. Récemment l’institut Nielsen a réalisé une étude sur la vente de 92 000 produits étudiés selon leur valeur nutritionnelle traduite en Nutri-Score A, B, C, D ou E.

Conclusion de l’étude, les produits estampillés A et B représentent 31 % du chiffre d’affaires alimentaire des grandes surfaces, en progression face au recul des trois C, D, E.

Toutefois, comme le notent les auteurs de l’étude, le label reste en deçà de nombreux autres et seuls 14 % des consommateurs se fondent sur ce label pour prendre une décision d’achat. Un chiffre en trompe l’œil si l’on relève une sensibilité plus forte auprès des plus jeunes : 20 % des moins de 35 ans prêtent attention au Nutri-Score, contre 16 % des 35-49 ans, 14 % des 50-64 ans et 9 % seulement des plus de 65 ans relève l’étude. En étant plus sensible à la labélisation que les générations précédentes, les milléniaux préfigurent sans aucun doute le comportement des prochaines générations soucieuses d’évaluer leur alimentation à l’aune de l’impact sur leur santé.

 

Vers une consommation personnalisée

À cette surveillance alimentaire s’ajoute aussi avec ces applications, la personnalisation toujours plus forte de l’alimentation. En permettant de pondérer l’algorithme de classification en fonction de ses goûts, convictions sociales et sociétales, de sa spécificité alimentaire, végétarien, végétalien, flexivore et autre, les applications renforcent nettement l’individualisation des choix et de la consommation. Reste que, si cette tendance est déjà évoquée, mesurer l’impact de cette personnalisation et segmentation toujours plus fine pose de nombreuses questions pour les industriels. Comment demain gérer à la fois la refonte des produits et décliner en autant de catégories de consommateurs ? La question se posera très vite.